Culpabilité zéro

by Hiel

Non, c’est pas vrai que ça ne me fait rien de les arracher à leurs univers. Comme toute maman, je ne veux que le meilleur pour mes enfants. Je les regardais encore mercredi matin s’installer à côté de leurs copains sur le banc de la classe, face à la maîtresse. Je les sentais heureux, à l’aise: la maîtresse telle une déesse, une ASEM qui fait presque partie de la famille,  des lieux connus, des rituels… tout ce qu’il faut pour qu’ils s’épanouissent avec bonheur. Bien évidemment, je mentirai de dire que nous quittons ces terres sans regret. Il y aura forcément des manques. Sans parler de la famille et des amis proches, tous ceux qui font partie de ce tableau et qui ont pris une place dans leurs coeurs créeront bien évidemment un vide et l’école en fait partie.

Le soir, ils aiment me raconter quel copain de classe a fait une bêtise, ce qu’il y eu dans leur assiette, à quoi ils ont joué ou ce qu’ils ont fait comme “travail”, très fiers de leur vie que je ne connais pas. Fiers de me montrer qu’ils ont à peine besoin de moi -au moins de 9h à 16h30-.

Je ne me dis pas que je comblerai tout ça, il n’en est rien. Nous serons souvent tous les 4, j’endosserai le rôle de maîtresse, et bizarrement, je doute être aussi adulée que celle qu’ils ont actuellement…Je suppose qu’ils n’agiront pas de la même manière avec moi, pauvre mère, et que s’ils n’ont pas envie de travailler, ils me le mettront en pleine poire, sans même un regard de pitié. Et vu leur niveau de curiosité pour apprendre de nouvelles choses, je suis certaine que le format standard devant une feuille de papier sera à limiter au maximum. Il va falloir que je sois inventive et créative pour les amener au résultat escompté, sans qu’ils n’y voient quoi que ce soit d’éducatif dedans.

Il ne leur reste qu’une petite semaine de classe. Certains parents nous confortent dans notre choix et nous encouragent à leur manière:“Ah non, moi, 24h/24 avec eux, j’pourrai pas, j’vous souhaite bien du courage!” Et là, je fais la fille forte en leur répondant que « même pas peur » (de ça au moins, j’ai pas peur…prête prête prête!)

Mais ces couillons me font douter quand même sur le côté obscur qui nous attend. Burn out de la mère/maîtresse/boniche, ça existe? En plus d’être ago, je vais peut-être finir dépressive, bipolaire, ou je ne sais quoi…

Même leurs copains et copines, quand je leur explique que Léna et Lissandre vont bientôt partir, me le mettent en pleine face, le “Pourquoi?”. “Pourquoi?…Ben…C’est une bonne question, ça, mon petit…Tu connais un peu de philo ou…? Non? Eh bien parcqu’on va partir dans de nouvelles maisons pour aller voir des gens qui ne parlent pas français, avec le minimum de jouet et de choses…” Et là, j’arrête car je vois bien que dans leur regard, l’affolement qu’il leur arrive la même chose les gagne peu à peu. Souvent, le dernier regard qu’ils me jettent, c’est celui d’une mère odieuse qui va enlever tous les jouets et le confort à Léna et Lissandre pour aller voir des gens avec qui on ne pourra même pas parler, bref, une tarée, quoi…Difficile d’expliquer à des enfants de 4 et 3 ans le pourquoi d’un tel voyage.

Les nôtres, je pense, ne réalisent pas vraiment ce que ça va représenter pour eux, et les manques qu’ils auront sûrement.

Je suis consciente de tout cela, et je ne minimise en rien les bouleversements qui vont s’opérer dans leurs têtes. Mais je pense qu’avec beaucoup de dialogue et de discussions (sisi, on est en plein Descartes, là…) on peut les rendre tout aussi heureux, avec d’autres choses qu’une école classique, d’autres personnes satellites que nous rencontrerons (même brièvement) et avec une vie moins régentée que celle qu’ils connaissent actuellement. A nous de compenser ce “Toujours à 4” par des moments à “2 groupes de 2”, eux ensemble, enfant/parent. Il y a des dizaines de choses que nous pourrons mettre en place aussi ailleurs, pour qu’ils découvrent d’autres enfants, qu’ils n’aient pas peur de la différence (langue, couleur de peau etc) et faire en sorte que cette vie saccadée devienne une façon de vivre agréable, non routinière et développe leur curiosité au monde et aux choses.

Voilà, c’est ça que j’aurai dû dire aux gamins, mercredi matin, au lieu de leur parler de minimalisme….Aarrrggghhh, j’vais les rattraper lundi pour leur préciser ça, ptète que je deviendrai un peu plus sympa à leurs yeux…^^

A très vite.

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