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Peurs d’ago, acte 2

Par le 13 juin 2016

Ca y est, nous en sommes là. Deux semaines déjà que nous sommes partis de mon repère de petite fille. La ville où j’ai grandi, ma famille, mes amis, déjà deux semaines que nous nous en sommes éloignés.

Il y a dix/douze ans, je me répète peut-être (voir mon livre Moi, Ago), mais il m’était inconcevable de sortir de chez mes parents. L’extérieur me terrifiait. Le stress que ce dehors me procurait était plus fort que ma seule volonté.

Comment ai-je fait, plus de dix ans après, pour partir aussi loin alors que mes repères sont restés près de Nantes? Beaucoup d’agos me posent la question, en message privé, par mail. Je ne peux pas répondre à chacun avec beaucoup de précision, mais cet article leur donnera je l’espère une partie des réponses.

Ca ne se fait pas en un jour, c’est certain. Lorsqu’on est au fond du gouffre, on ne peut que remonter ensuite. A force de temps, de lutte, de sorties ratées mais recommencées, j’ai pu élargir mon périmètre de sécurité. Et, chose toute nouvelle, j’ai pris conscience que mon corps fonctionnait comme les autres. Je pouvais réussir à me calmer seule, chose ultra importante quand on est ago et en pleine crise panique. Lorsqu’on a compris qu’au bout de dix/vingt minutes, le coeur se calme enfin, que le corps retrouve un peu de calme, c’est plus facile d’aller affronter aussi les lieux jusqu’ici évités. Au fur et à mesure que je sortais, affrontais, j’avais de moins en moins peur d’aller au-delà des limites fixées par mon cerveau. De ma maison, j’ai pu aller à deux rues d’elle, puis au fond de mon quartier sans paniquer comme une folle, puis en ville…Le nombre de kilomètres n’étaient plus trop ma référence, mais le temps qu’il me faudrait pour rentrer chez moi, en sécurité, prenait le relais. A force de virées ici ou là, à 20 bornes, à 30, puis 50, 100, je comprenais que où que je serai, cela ne changerait rien. Il y aurait toujours quelqu’un pour m’aider s’il m’arrivait un grand problème. Alors, je ne vais pas vous mentir, partir seule à plus de 100 kilomètres reste malgré tout un peu anxiogène, je fais tout pour que le trajet se passe dans les meilleures conditions (itinéraire calculé, bouchons évités, sommeil suffisant…). Mais malgré tout, je le fais, je sais que j’en suis capable.

Accompagnée, l’éloignement reste bien plus facile. Quand on s’expose à la peur seule maintes et maintes fois, regarder derrière soi ce qui nous faisait peur accompagnée nous semble soudain ridicule. Ca ne l’est pas, hein, j’étais la première à dire aux autres que je ne pouvais pas le contrôler malgré ma volonté. Mais nous avons chacun un cerveau supra intelligent qui “retient” à partir de l’expérience les choses mauvaises comme bonnes. A force de sorties où rien ne s’est passé de grave, où je ne suis ni morte, ni tombée dans les pommes, il a enfin compris que tirer la sonnette d’alarme ne servait à rien.

IMAG4037Et la peur, petit à petit, reste bien sage dans un coin de la tête sans resurgir.

Pour partir jusqu’au Portugal, rien ne me servait de compter le nombre de kilomètres où le temps de voiture que je mettrais à rentrer en cas de crise, j’aurai le temps d’en faire des milliers avant que je ne rentre à la “maison” (sur Nantes).

Là, je sais que mon objet contra-phobique (objet ou personne sans lequel je n’aurai rien tenté), sans hésiter, c’est mon homme. J’ai besoin de lui ici, parc’que seule, je n’ai plus aucun repère. Je n’aime pas le voir partir en courses ou en balade, mais je sais qu’il faut que j’affronte ça aussi. Je ne veux pas être tributaire de lui et je tente comme je peux de trouver de nouveaux points de repères ici. Mes voisins qui parlent français, un hôpital que je connais un peu maintenant (voir vidéo), la gentillesse des portugais en général, je me dois de me rattacher à d’autres choses. Il me reste encore du chemin pour déclarer un jour que seule, je serai totalement zen. Mais ce voyage va sûrement m’y aider, je l’espère en tout cas.

On me demande ce qui a été difficile dans le trajet. Beaucoup ne comprennent pas que l’éloignement n’est pas la seule variable de l’ago. M’éloigner est difficile, car je sais qu’il y a la barrière de la langue en plus qui se rajoute à la frontière.

Mais le plus dur, pour moi, incontestablement, ce fut l’inconnu des paysages et notamment les montagnes à traverser.

Accompagnée pourtant de mon homme, grimper ces cols d’altitude étaient pour moi le plus difficile. Pas de secours proche, aucune habitation: s’il nous arrivait quelque chose, comment faire? Je m’imaginais à pied descendre cette montagne abrupte, froide et entourée de nuages sombres, à faire une crise plus forte que celles jamais faites, pour trouver du secours. Vision d’horreur. Alors que finalement, qu’est-ce que je risquais? De tomber en panne en haut de la montagne, faire du stop et finir le parcours dans une autre voiture que la mienne…Ou faire une crise plus forte que les autres mais qui finirait bien par retomber aussi au bout de quelques minutes…A proprement parler, je ne risquais rien, vraiment, mais je ne sais pas, voir qu’il y a des habitations me rassure: je me dis qu’il y a des gens qui vivent ici et donc que je pourrai m’y reposer si besoin. L’altitude et les montagnes se rajoutent donc à la liste de mes peurs. Eloignement, langue parlée, montagnes à traverser, tunnels longs…

Finalement, faire des escales m’aura été quasiment une nécessité. Pouvoir me reposer entre chaque trajet difficile, c’était juste ce qu’il me fallait. Les enfants en demandaient moins que moi. Ils arrivaient à dormir durant 2 ou 3 heures en voiture. Moi, à partir du moment où la voiture démarrait, je serrais la mâchoire et étudiais ma carte avec minutie. AAhhh l’angoisse d’un ago, c’est impensable comme, malgré un soleil accueillant au-dessus de nos têtes, elle nous donne l’envie de regretter nos choix de bataille… 🙂

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Il était temps d’arriver. La voiture ne ressemblait plus à rien, on n’y retrouvait plus une seule petite cuillère. Les derniers jours, on donnait aux enfants les jouets qu’on avait sous la main et non ceux qu’ils réclamaient et on ne s’essuyait plus les mains sur une serviette introuvable mais sur nos pantalons (on n’était plus à ça près). Le linge sale s’entassait et on ne prenait plus la peine de le trier.

L’arrivée dans cette maison a fait du bien à tout le monde. Ne serait-ce que d’ouvrir les valises, retrouver nos objets/culottes/jouets égarés dans des coins improbables du coffre. Poser ses fesses plus d’un mois dans une même maison, c’est du luxe!

L’environnement. Esposende est la première ville que nous arpentons et elle n’est pas bien différente que celles que je connais en France. Ca reste une ville de taille moyenne, à échelle humaine. Tout peut se faire à pied, nous sommes situés à 500m du centre. On y trouve les mêmes choses qu’en France, avec bien entendu bien moins de boulangerie que par chez nous. Le reste, je m’y repère assez facilement. Pour le dépaysement, on repassera, mais c’est aussi ce qui me permet de me sentir bien ici, ça me sécurise beaucoup de voir que j’ai tout à proximité. Un désert ou une montagne comme expérimenté à Llanes en Espagne (voir vidéo) m’aurait bien moins plu.

Malgré tous ces éléments sécurisants pour un ago, je reste malgré tout à 1500km de chez moi. Il me faut du temps avant de me sentir à l’aise.

J’aurai bien mis 3 jours avant de trouver mes repères dans la maison et alentours. Mais je parviens à trouver des moments calmes, où je ne ressens pas d’angoisse. Et les jours défilant, c’est de plus en plus le cas.

Regarder mes petits s’épanouir à peine le pied posé sur le sol portugais me fait vraiment sourire. J’essaie de ridiculiser mes peurs, et prend le recul lorsque nécessaire. Je suis avec mon homme et mes enfants, peu importe où que je sois, ça ira.

L’envie de découvrir nous emmène hors de la zone connue, un peu plus loin, un peu moins sécurisant. Mais il le faut. Cela faisait un bon moment que j’avais laissé mes expos (expositions à la peur) de côté, je pense dans la salle d’accouchement à Léna. Oui, depuis, bien sûr que j’ai fait des crises, que je me suis exposée, mais jamais dans des situations aussi difficiles que celles que je vais devoir affronter à l’étranger, sans repère.

Je n’en suis qu’au début, je sais que forcément, les crises vont réapparaître comme par magie, me montrant au détour de l’une d’elle que je n’avais qu’à affronter avant. Mais je me sens prête. Je sais que ce sera dur, que je vais en baver, mais ce voyage est aussi l’occasion rêvé pour moi de découvrir celle que je suis.

Saurai-je m’adapter facilement dans des endroits moins “civilisés”? Saurai-je affronter seule des situations encore vide en expérience? Arriverai-je à me sentir bien au fil des moins loin de mes proches?

Je ne pense pas que ce voyage me rendra baroudeuse acharnée, mais si déjà j’arrive à faire un bon petit parcours autour du monde, et à le vivre bien, alors je me serai prouvée déjà beaucoup.

A très vite

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